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Actualités et politique

Quels sont les enjeux de la majorité en copropriété ?

En copropriété, la majorité détermine si une décision devient applicable à tous : entretien, budget, travaux ou modification du règlement. Elle ne se calcule pas toujours sur les seuls présents, mais souvent sur l’ensemble des tantièmes.

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Actualités et politique
Copropriétaires votant autour d’une table lors d’une assemblée générale

Le nombre de voix dépend des tantièmes attachés aux lots, pas seulement du nombre de participants.

Sommaire · 7 sections

La majorité en copropriété sert à rendre des décisions collectives opposables à tous les copropriétaires, y compris à ceux qui ont voté contre ou étaient absents. Son enjeu est double : permettre la gestion concrète de l’immeuble, budget, entretien, travaux, tout en empêchant qu’une majorité de circonstance ne porte atteinte aux droits essentiels d’une minorité. La bonne majorité dépend de la résolution soumise au vote, pas du montant des travaux ni de la seule volonté du syndic.

Les quatre règles de majorité à connaître en copropriété

Tantièmes (ou millièmes)
Les tantièmes sont les voix attachées à chaque lot. Ils figurent dans le règlement de copropriété et reflètent, en principe, la quote-part de parties communes détenue par chaque copropriétaire. Un copropriétaire ne vote donc pas nécessairement « une personne, une voix » : il vote selon le nombre de voix attaché à ses lots.

Les règles principales figurent dans la loi du 10 juillet 1965 fixant le statut de la copropriété, notamment à ses articles 24 à 26. Le règlement de copropriété reste également indispensable : il permet d’identifier les lots, la répartition des tantièmes, la destination de l’immeuble et les éventuelles règles particulières qui encadrent un projet.

Les repères chiffrés qui font basculer un vote

Article 24

majorité des voix exprimées

Plus de 50 %

des voix de tous pour l’article 25

2 conditions

nombre de copropriétaires et 2/3 des voix à l’article 26

2 mois

pour contester après notification du procès-verbal

Comment se calculent les majorités les plus courantes
RègleCalculDécisions typiquesEffet des absents
Article 24Majorité des voix expriméesBudget prévisionnel, comptes, gestion courante, travaux nécessairesNe pèsent pas dans le calcul
Article 25Majorité de toutes les voixSyndic, certaines autorisations de travaux, délégationsLeur voix compte indirectement : il faut dépasser 50 % du total
Article 26Majorité des copropriétaires et au moins 2/3 des voixCertaines modifications importantes des parties communes ou du règlementPeuvent empêcher d’atteindre les deux seuils
UnanimitéToutes les voix de tous les copropriétairesCas portant gravement sur les droits ou la destinationUne seule opposition ou absence peut bloquer
Les exemples sont indicatifs : la qualification juridique de la résolution, son libellé et le règlement de copropriété déterminent la règle réellement applicable.

Article 24, 25, 26 et unanimité : ce que chaque seuil change

La majorité simple de l’article 24 : faire fonctionner l’immeuble

L’article 24 est la règle de droit commun : elle s’applique lorsque la loi ne prévoit pas une majorité différente. La décision est adoptée si les voix « pour » dépassent les voix « contre » parmi les suffrages exprimés des copropriétaires présents, représentés par un mandataire ou ayant voté par correspondance. Les abstentions ne sont pas des voix exprimées. Il n’y a donc pas, au sens général, de quorum minimal à réunir pour qu’une assemblée générale puisse voter sous l’article 24.

Cette majorité permet notamment de voter le budget prévisionnel, d’approuver les comptes, de décider des actes d’administration des parties communes et des travaux nécessaires à la conservation de l’immeuble, à la santé ou à la sécurité des occupants. Une réfection urgente d’étanchéité ou une réparation indispensable d’équipement commun ne doit pas être confondue avec une amélioration de confort : la règle de majorité peut changer selon l’objet réel des travaux.

La majorité absolue de l’article 25 : obtenir l’accord de plus de la moitié des voix totales

L’article 25 demande la majorité des voix de tous les copropriétaires. Il faut donc réunir plus de la moitié de tous les tantièmes de la copropriété, et non de la seule assemblée présente. Dans un syndicat totalisant 10 000 tantièmes, une résolution doit recueillir au moins 5 001 voix favorables. Que 9 000 ou 4 000 tantièmes soient représentés le jour de l’assemblée ne modifie pas ce seuil.

Cette règle protège les décisions structurantes mais rend la participation décisive. Elle concerne, selon les cas prévus par la loi, la désignation ou la révocation du syndic, certaines délégations au conseil syndical, certaines autorisations accordées à un copropriétaire pour réaliser des travaux affectant les parties communes ou l’aspect extérieur, ainsi que diverses décisions d’équipement. Il faut toujours vérifier le texte de la résolution et l’article de loi visé dans la convocation.

La double majorité de l’article 26 : protéger les transformations importantes

L’article 26 impose deux seuils cumulés : la majorité des membres du syndicat des copropriétaires et au moins les deux tiers de toutes les voix. Une décision peut donc échouer même si elle réunit beaucoup de tantièmes, si elle n’obtient pas l’accord d’assez de copropriétaires en nombre ; l’inverse est tout aussi vrai.

Cette double majorité intervient pour certaines décisions qui affectent fortement l’immeuble ou son organisation, par exemple certaines modifications du règlement de copropriété concernant la jouissance, l’usage ou l’administration des parties communes, ou certains actes immobiliers. Elle traduit un principe d’équilibre : les grands détenteurs de tantièmes ne doivent pas décider seuls, mais un grand nombre de petits lots ne doit pas non plus imposer une mesure sans poids financier suffisant.

L’unanimité : la protection maximale des droits individuels

L’unanimité signifie l’accord de tous les tantièmes de tous les copropriétaires. Elle est réservée à des situations exceptionnelles, notamment lorsqu’une décision affecte des droits fondamentaux liés à la destination de l’immeuble ou à des parties communes dont la conservation est nécessaire au respect de cette destination. En outre, l’assemblée générale ne peut pas imposer à un copropriétaire une modification de la destination de ses parties privatives ou de leurs modalités de jouissance telles qu’elles résultent du règlement de copropriété.

Pourquoi la majorité est un enjeu financier, pratique et juridique

Le premier enjeu est financier. Une décision régulièrement votée oblige en principe tous les copropriétaires à participer aux dépenses selon la clé de répartition applicable, même ceux qui se sont prononcés contre. Pour de gros travaux, le syndic doit donc présenter une résolution lisible : objet précis, devis ou éléments utiles, calendrier prévisible, modalités de financement et répartition des charges. Une formulation vague rend le vote difficile à comprendre et peut fragiliser la décision.

Le deuxième enjeu est la préservation du bâti. Ne pas atteindre la majorité nécessaire peut retarder une réparation, une mise en sécurité ou une rénovation énergétique. Mais voter avec une majorité insuffisante expose aussi la copropriété à une contestation et à un risque d’annulation. Un projet bloqué n’est pas toujours un refus de principe : il peut révéler un dossier technique incomplet, des devis insuffisamment comparés, une répartition de charges mal expliquée ou une convocation mal préparée.

Enfin, la majorité organise la coexistence de situations très différentes : propriétaire occupant, bailleur, détenteur d’un parking, commerce en rez-de-chaussée, petit lot ou lot familial important. Les règles de vote évitent qu’un intérêt particulier prenne automatiquement le dessus sur l’intérêt collectif. Elles ne remplacent pas le dialogue : des explications données avant l’assemblée peuvent faire émerger une solution techniquement plus adaptée et juridiquement mieux sécurisée.

Les passerelles après un échec de vote : elles existent, mais ne valent pas pour tout

Un échec à l’article 25 ne met pas systématiquement fin au projet. L’article 25-1 de la loi de 1965 prévoit une passerelle lorsque la résolution a recueilli au moins le tiers des voix de tous les copropriétaires. Un second vote peut alors intervenir selon les conditions légales à la majorité de l’article 24. Si le seuil du tiers n’est pas atteint, une nouvelle assemblée peut, sous certaines conditions et dans le délai prévu par la loi, être convoquée pour statuer selon cette majorité plus simple.

Pour une résolution relevant de l’article 26, l’article 26-1 prévoit également un mécanisme de second vote lorsque le projet a obtenu l’approbation d’au moins la moitié des membres du syndicat représentant au moins le tiers des voix de tous les copropriétaires. Le second vote se fait alors à la majorité de l’article 25, dans les conditions prévues par le texte.

Ces passerelles ne transforment pas toutes les décisions en votes faciles. Elles ne s’appliquent ni indistinctement ni à l’unanimité, et elles supposent de contrôler les seuils exacts ainsi que le déroulement de l’assemblée. Le syndic doit consigner les résultats précis dans le procès-verbal. En cas de travaux sensibles, il est prudent de demander que le décompte des voix, l’article appliqué et les éventuels résultats successifs soient clairement identifiables.

Comment vérifier qu’une décision d’assemblée générale a été votée régulièrement

Les contrôles utiles avant et après le vote

  1. Lire l’ordre du jour et les annexes

    Repérez le texte exact de chaque résolution, les documents joints et l’article de majorité annoncé. L’étape est réussie lorsque vous savez précisément ce qui sera décidé, quels travaux ou dépenses sont visés et sur quels documents le vote s’appuie.

  2. Comparer la résolution avec le règlement de copropriété

    Vérifiez la destination de l’immeuble, les tantièmes et les éventuelles clauses sur les parties communes ou les charges. L’objectif est d’identifier si la résolution touche seulement à la gestion ou modifie des droits d’usage plus sensibles.

  3. Contrôler votre participation au vote

    Assistez à l’assemblée, votez par correspondance ou désignez un mandataire. Le mandat est encadré : un mandataire ne peut en principe recevoir plus de trois délégations, sous réserve des exceptions légales. Votre participation est effective si votre vote ou votre mandat est enregistré sur la feuille de présence.

  4. Demander le résultat détaillé

    Après le vote, les voix pour, contre et les abstentions doivent permettre de comprendre le calcul. Pour l’article 25 ou 26, vérifiez que le total de voix favorables est comparé à l’ensemble des voix du syndicat, pas seulement aux présents.

  5. Conserver la convocation et le procès-verbal

    Gardez la convocation, les annexes, votre bulletin de vote par correspondance le cas échéant et le procès-verbal notifié. Ces pièces permettent de reconstituer la procédure si un point est contesté ou si l’exécution de la décision pose difficulté.

  6. Réagir sans attendre en cas d’irrégularité sérieuse

    Notez la date de notification du procès-verbal et demandez rapidement un avis juridique. L’étape est réussie si vous avez identifié le délai applicable avant d’engager une démarche, car un recours tardif peut être irrecevable.

Contester une décision : délai, personnes concernées et bons interlocuteurs

La contestation d’une décision d’assemblée générale ne consiste pas à refaire le vote parce que le résultat déplaît. Elle suppose généralement d’invoquer une irrégularité : majorité inadaptée, convocation ou documents insuffisants, résolution imprécise, erreur de décompte, atteinte au règlement de copropriété ou procédure de vote défectueuse. Le juge apprécie les faits et les pièces ; une irrégularité n’entraîne pas mécaniquement l’annulation.

Selon l’article 42 de la loi de 1965, l’action en contestation des décisions d’assemblée générale est ouverte aux copropriétaires opposants ou défaillants, dans un délai de deux mois à compter de la notification du procès-verbal. Le procès-verbal doit notamment être notifié aux copropriétaires opposants et défaillants. Ce délai est bref : il ne faut pas attendre une prochaine assemblée générale ni une médiation incertaine avant de vérifier ses droits.

En cas de doute, commencez par relire le règlement de copropriété, la convocation et le procès-verbal, puis consultez les textes officiels et un interlocuteur compétent. Une ADIL peut donner une information juridique gratuite et neutre sur le logement. Pour une analyse d’un recours, d’une assignation, d’une répartition de charges complexe ou d’un conflit portant sur des droits importants, consultez rapidement un avocat compétent en droit de la copropriété. Le tribunal judiciaire du lieu de situation de l’immeuble est en principe compétent pour les litiges de copropriété.

Les textes à consulter avant de voter ou de lancer un recours

Pour une réponse fiable, ne vous contentez pas d’un résumé trouvé en ligne. Consultez la version en vigueur de la loi du 10 juillet 1965, notamment les articles 22, 24, 25, 25-1, 26, 26-1 et 42, ainsi que le décret du 17 mars 1967 relatif à l’organisation des assemblées générales. La fiche pratique « Assemblée générale des copropriétaires » de Service-Public.fr aide aussi à vérifier les règles courantes.

Dernier réflexe utile : avant de signer un devis, de lancer des travaux ou de réclamer un appel de fonds, vérifiez que la résolution adoptée correspond exactement au projet exécuté. Une assemblée a pu voter un principe, un plafond de dépenses ou une mission d’étude, sans avoir encore autorisé tous les travaux envisagés.

Questions fréquentes

Faut‑il un quorum pour voter en assemblée générale de copropriété ?

Non, il n’existe pas de quorum général imposant un nombre minimal de copropriétaires présents pour ouvrir ou voter en assemblée générale. En revanche, certaines majorités se calculent sur toutes les voix de la copropriété. L’absence n’empêche donc pas forcément le vote, mais elle rend plus difficile l’obtention de l’article 25, de l’article 26 ou de l’unanimité.

Que se passe‑t‑il si une résolution obtient autant de voix pour que de voix contre ?

Elle est rejetée. Pour une résolution à l’article 24, les voix favorables doivent être strictement supérieures aux voix défavorables parmi les suffrages exprimés. Une égalité ne constitue pas une majorité. Pour les autres règles, les seuils exigés doivent eux aussi être effectivement dépassés ou cumulativement atteints.

Un copropriétaire absent doit‑il payer des travaux qu’il n’a pas votés ?

Oui, en principe, si les travaux ont été régulièrement décidés par l’assemblée générale avec la majorité requise. Le copropriétaire absent, opposant ou abstentionniste participe aux charges selon les règles de répartition applicables. Des exceptions ou modalités particulières peuvent exister selon la nature des travaux : le règlement de copropriété et l’avis d’un professionnel permettent de les vérifier.

Le syndic peut‑il choisir seul la majorité applicable à une résolution ?

Non. Le syndic prépare l’ordre du jour et indique habituellement la règle de majorité envisagée, mais celle‑ci découle de la loi, de la nature juridique de la décision et parfois du règlement de copropriété. Une erreur de majorité peut fragiliser la décision. Le conseil syndical et les copropriétaires ont intérêt à demander une clarification avant le vote.

Peut‑on changer le règlement de copropriété à la majorité simple ?

Pas systématiquement. Une simple adaptation du règlement pour le mettre en conformité avec une évolution législative peut relever de règles particulières, tandis qu’une modification concernant la jouissance, l’usage ou l’administration des parties communes peut relever de l’article 26. Si le changement affecte les droits privatifs ou la destination de l’immeuble, les protections sont encore plus fortes. Une analyse du texte précis est nécessaire.

Qui peut contester une décision d’assemblée générale ?

Les copropriétaires opposants ou défaillants peuvent, en principe, agir en contestation dans les deux mois suivant la notification du procès-verbal, conformément à l’article 42 de la loi de 1965. Les conditions dépendent de la manière dont le copropriétaire a participé au vote et du grief invoqué. Face à ce délai court, un avocat ou une ADIL doit être consulté rapidement.

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