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Art et culture

Qu’est‑ce que l’Aventin et pourquoi est‑il si important dans l’histoire romaine ?

L’Aventin est une des sept collines de Rome, au sud du Palatin. Il compte car il fut associé aux droits de la plèbe, à des temples majeurs et à une mémoire politique qui a durablement marqué la République romaine.

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Art et culture
Allée bordée d’arbres sur l’Aventin avec panorama sur les toits de Rome

L’Aventin conserve aujourd’hui ses jardins et ses panoramas, loin de l’agitation du Forum.

Sommaire · 6 sections

L’Aventin est une colline de la Rome antique devenue le grand symbole des revendications de la plèbe face aux élites patriciennes. Son importance ne tient pas seulement à sa position, au sud du Palatin : on y trouve des sanctuaires liés aux citoyens ordinaires, des terres attribuées à des plébéiens et le souvenir de retraits collectifs qui ont forcé la République à partager davantage le pouvoir. Une nuance compte d’emblée : la toute première sécession de la plèbe est traditionnellement située sur le Mont Sacré, hors de Rome, en 494 av. J.-C., plutôt que sur l’Aventin.

Où se trouve l’Aventin dans les sept collines de Rome ?

L’Aventin occupe le sud-ouest de la Rome antique, sur la rive gauche du Tibre. Il domine à la fois le Circus Maximus, qui le sépare du Palatin, et la zone du port fluvial antique, l’Emporium, vers le Testaccio. Cette position explique sa vocation : la colline se trouvait au contact des échanges commerciaux, des entrepôts, des quartiers populaires et des voies d’entrée dans Rome, sans être le centre monumental du pouvoir installé sur le Forum et le Palatin.

Les auteurs antiques et les historiens distinguent parfois le Grand Aventin, la partie méridionale, du Petit Aventin, plus proche du Circus Maximus. Dans l’usage courant, « l’Aventin » désigne l’ensemble. Il fait partie des sept collines traditionnelles avec le Palatin, le Capitole, le Quirinal, le Viminal, l’Esquilin et le Caelius. L’ordre dans lequel on les énumère n’a aucune valeur hiérarchique : l’Aventin n’est donc pas « la septième » au sens d’une dernière colline moins importante.

Repères essentiels pour situer le rôle de l’Aventin
RepèreDate ou lieuCe qu’il faut retenir
Les sept collinesRome antiqueL’Aventin appartient au noyau légendaire et urbain de Rome.
Première sécession494 av. J.-C., Mont SacréLa tradition la situe hors de Rome, pas sur l’Aventin.
Loi Icilia456 av. J.-C., AventinElle prévoit l’attribution de terrains publics de la colline à des plébéiens.
Temple de Cérès, Liber et LiberaDédicace traditionnelle en 493 av. J.-C.Sanctuaire étroitement lié aux magistrats de la plèbe.
Temple de DianeÉpoque royale selon la traditionLieu de culte associé à Rome et aux cités latines.
Rome actuelleRione Ripa, près du TestaccioQuartier résidentiel, jardins, églises et panoramas.
Les récits de Tite-Live, Denys d’Halicarnasse et d’autres auteurs sont précieux, mais ils mêlent mémoire civique, reconstruction politique et histoire. Les dates les plus anciennes de l’histoire romaine reposent sur une tradition littéraire rédigée bien après les faits ; elles doivent être lues comme des repères, non comme des procès-verbaux contemporains.

Pourquoi l’Aventin est‑il associé à la plèbe romaine ?

Sous la République, la société romaine oppose schématiquement les patriciens, familles aristocratiques qui monopolisent longtemps les principales magistratures et les cultes, et la plèbe, catégorie très diverse réunissant citoyens non patriciens : petits propriétaires, artisans, commerçants, riches familles exclues du patriciat et habitants plus modestes. Cette opposition n’est pas une guerre simple entre riches et pauvres, mais une lutte concrète pour l’accès aux lois, à la terre, aux charges et à la protection contre l’arbitraire.

La plèbe dispose d’un moyen de pression redoutable : cesser collectivement de servir la cité, notamment dans l’armée et dans les activités indispensables. Les récits antiques appellent cela une sécession, c’est-à-dire un retrait organisé. La tradition rattache la première sécession, en 494 av. J.-C., à la création des tribuns de la plèbe. Ces magistrats, élus par les plébéiens, sont déclarés inviolables et peuvent s’opposer à certaines décisions prises contre les intérêts de la plèbe.

Sécession de la plèbe
Dans la Rome républicaine, une sécession n’est pas une séparation territoriale durable. C’est un retrait collectif, réel ou mis en scène par la tradition, par lequel les plébéiens refusent de participer normalement à la vie militaire et civique afin d’obtenir des garanties politiques.

L’Aventin entre directement dans ce conflit en 456 av. J.-C. avec la lex Icilia de Aventino publicando. Selon la tradition, cette loi fait distribuer ou reconnaître des lots sur une partie de la colline qui relevait du domaine public. Elle est importante pour deux raisons : elle limite l’appropriation de terres publiques par les puissants et elle ancre matériellement des citoyens plébéiens dans un espace proche du cœur de Rome. La terre, dans une cité de propriétaires-soldats, est une question de statut autant que de logement.

Les sources associent aussi l’Aventin à la crise de 449 av. J.-C., après le pouvoir abusif des décemvirs, le collège chargé de rédiger les lois. Les traditions divergent sur l’itinéraire précis des insurgés, entre Aventin et Mont Sacré. Le point historique essentiel est ailleurs : ces épisodes racontent comment la République a progressivement dû reconnaître des institutions plébéiennes, dont les tribuns et les édiles.

Des temples qui donnent à l’Aventin une portée politique et religieuse

À Rome, la religion est une affaire publique. Construire un temple, y organiser une fête ou y conserver des documents participe à l’exercice du pouvoir. L’Aventin abrite plusieurs cultes qui ne sont pas anodins. Le plus célèbre est le temple de Diane, attribué par la tradition au roi Servius Tullius. Il aurait été conçu comme un sanctuaire commun aux Latins, c’est-à-dire aux cités voisines de Rome. Ce récit souligne l’ambition de Rome de se placer à la tête d’un ensemble régional, bien avant son empire méditerranéen.

Plus décisif pour la plèbe, le temple de Cérès, Liber et Libera est établi au pied de l’Aventin, près du Circus Maximus, avec une dédicace traditionnellement datée de 493 av. J.-C. Cérès protège les récoltes et l’approvisionnement en blé ; Liber et Libera sont des divinités liées à la fertilité et au vin. Ce sanctuaire est étroitement associé aux édiles de la plèbe, chargés notamment du ravitaillement et de certaines archives plébéiennes. Il offre ainsi un ancrage religieux, administratif et symbolique aux institutions populaires.

La colline accueille aussi des cultes venus d’autres horizons de la Méditerranée, notamment ceux de Minerve et de Mercure, ainsi que des sanctuaires liés à des communautés professionnelles. Sa proximité avec le Tibre et les activités commerciales favorise cette diversité. L’Aventin rappelle donc que Rome ne se définit pas seulement par ses sénateurs et ses généraux : la ville vit aussi du port, des marchés, des artisans, des affranchis et des échanges avec le monde italien.

Trois dates pour comprendre l’Aventin

7 collines

L’Aventin figure dans la liste traditionnelle des collines de Rome.

494 av. J.-C.

Date traditionnelle de la première sécession, sur le Mont Sacré.

456 av. J.-C.

Date traditionnelle de la loi Icilia sur les terrains publics de l’Aventin.

509-27 av. J.-C.

Période conventionnelle de la République romaine.

L’Aventin, le Palatin et le récit fondateur de Romulus et Rémus

L’Aventin appartient également au paysage de la fondation légendaire de Rome. Dans une version célèbre du récit, Romulus et Rémus consultent les auspices pour savoir qui donnera son nom à la ville et qui exercera l’autorité. Rémus observe les oiseaux depuis l’Aventin, tandis que Romulus les observe depuis le Palatin. Le désaccord porte sur le nombre d’oiseaux vus ou sur celui qui les a vus le premier, selon les versions. La querelle se termine par la mort de Rémus et la victoire de Romulus.

Ce récit n’est pas un reportage sur une scène réelle du VIIIe siècle av. J.-C. ; c’est une légende fondatrice élaborée et transmise pendant des siècles. Mais le contraste géographique a du sens pour les Romains : le Palatin évoque la fondation, puis les résidences de l’aristocratie et des empereurs ; l’Aventin apparaît plus volontiers comme un espace périphérique, ouvert à d’autres cultes et porteur d’une tradition de contestation. L’opposition est symbolique, pas une frontière sociale parfaitement étanche.

Aventin ou Mont Sacré : quel lieu incarne quelle lutte ?

L’Aventin

Une colline intégrée à Rome, associée aux terres plébéiennes, aux sanctuaires et à plusieurs crises politiques.

Ce qui joue en sa faveur

  • Proche du Circus Maximus, du port et des activités économiques
  • Loi Icilia traditionnellement datée de 456 av. J.-C.
  • Temple de Cérès lié aux édiles de la plèbe
  • Mémoire durable d’un espace civique populaire

Ce qui joue contre

  • N’est pas le lieu traditionnel de la première sécession
  • Les épisodes de 449 av. J.-C. sont rapportés de manière variable selon les sources

Le Mont Sacré

Une hauteur située hors du noyau urbain antique, traditionnellement liée au retrait de la plèbe en 494 av. J.-C.

Ce qui joue en sa faveur

  • Lieu canonique de la première sécession dans les récits antiques
  • Explique la création traditionnelle du tribunat de la plèbe
  • Symbole clair du retrait collectif comme moyen de pression

Ce qui joue contre

  • Ne se trouve pas parmi les sept collines de Rome
  • Moins utile pour comprendre les sanctuaires et l’urbanisme plébéiens de la ville

Notre lecturePour expliquer la naissance traditionnelle des tribuns de la plèbe, citez le Mont Sacré en 494 av. J.-C. Pour comprendre la présence durable de la plèbe dans Rome, ses terres, ses cultes et sa mémoire politique, l’Aventin est le lieu le plus parlant. Les confondre efface une nuance essentielle de l’histoire républicaine.

Que reste‑t‑il de l’Aventin aujourd’hui à Rome ?

L’Aventin actuel est un quartier résidentiel calme, très différent du secteur animé du Forum ou de la fontaine de Trevi. Les temples républicains ont presque entièrement disparu ou ne sont connus que par l’archéologie et les textes. En revanche, la colline conserve une atmosphère singulière : rues bordées de murs, jardins, couvents, basiliques paléochrétiennes et vues dégagées sur le Tibre, le Janicule et la coupole de Saint-Pierre.

Pour une visite cohérente, partez de la station de métro Circo Massimo ou de la zone de la Bocca della Verità, puis montez vers la piazza dei Cavalieri di Malta. Le trou de serrure du prieuré offre un alignement célèbre vers Saint-Pierre, mais l’attente peut être longue en milieu de journée. À quelques minutes à pied, le jardin des Orangers, officiellement parc Savello, donne l’une des vues les plus nettes sur Rome. La basilique Santa Sabina, fondée au Ve siècle, mérite davantage qu’un simple arrêt photo : elle permet de comprendre la continuité chrétienne d’une colline jadis dominée par les sanctuaires antiques.

Les arrêts les plus utiles sur l’Aventin

  • Commencer au Circus Maximus pour visualiser la séparation entre l’Aventin et le Palatin.
  • Voir Santa Sabina pour son architecture paléochrétienne et son cadre sobre.
  • Passer par le parc Savello, aussi appelé jardin des Orangers, pour le panorama sur Rome.
  • Observer la piazza dei Cavalieri di Malta et son célèbre trou de serrure sans bloquer l’accès aux riverains.
  • Descendre vers la basilique Santa Prisca ou vers le Testaccio pour relier la colline au Tibre et aux anciens quartiers commerciaux.
  • Prévoir des chaussures stables : le parcours comporte des pentes et des pavés, même s’il reste court.

Ce que l’Aventin révèle de la République romaine

L’Aventin est important parce qu’il oblige à dépasser l’image d’une Rome uniquement gouvernée depuis le Sénat. La République romaine s’est construite par des conflits, des compromis et des institutions nouvelles. Les tribuns de la plèbe, les assemblées plébéiennes, l’accès progressif aux magistratures et la publication des règles juridiques répondent, en partie, à cette longue pression sociale. Les récits antiques simplifient souvent ces avancées en épisodes spectaculaires ; l’évolution a, en réalité, été lente et inégale.

La colline résume cette histoire dans l’espace : près du pouvoir du Palatin, mais distincte de lui ; incluse dans Rome, mais longtemps marquée par une position de lisière ; religieuse, commerciale et politique à la fois. Employer aujourd’hui l’expression « faire l’Aventin » ou « se retirer sur l’Aventin » renvoie encore à l’idée d’un boycott ou d’un refus collectif de participer au jeu politique. C’est la trace la plus durable de son histoire.

Questions fréquentes

L’Aventin est‑il bien l’une des sept collines de Rome ?

Oui. L’Aventin fait partie de la liste traditionnelle des sept collines de Rome avec le Palatin, le Capitole, le Quirinal, le Viminal, l’Esquilin et le Caelius. Il se situe au sud-ouest du centre antique, près du Circus Maximus et du Tibre. Son relief est aujourd’hui très urbanisé, mais son emplacement reste facile à identifier.

La première sécession de la plèbe a‑t‑elle eu lieu sur l’Aventin ?

Non, pas selon le récit traditionnel le plus répandu. La première sécession, datée conventionnellement de 494 av. J.-C., se déroule sur le Mont Sacré, hors de Rome. L’Aventin est néanmoins lié à la plèbe par la loi Icilia, ses sanctuaires et d’autres crises politiques, notamment dans les traditions relatives à 449 av. J.-C.

Pourquoi le temple de Cérès était‑il important pour les plébéiens ?

Il était important car il associait un culte indispensable au ravitaillement de Rome aux institutions plébéiennes. Le temple de Cérès, Liber et Libera, près de l’Aventin, est traditionnellement lié aux édiles de la plèbe. Ces magistrats intervenaient dans l’approvisionnement, l’organisation urbaine et la conservation de documents, ce qui donnait au sanctuaire une dimension civique.

Quel lien existe‑t‑il entre l’Aventin et Rémus ?

Dans une version célèbre de la légende, Rémus prend les auspices sur l’Aventin tandis que Romulus les prend sur le Palatin. Leur compétition pour fonder et diriger la nouvelle ville tourne au conflit. Ce récit varie selon les auteurs antiques, mais il installe durablement l’Aventin dans la géographie symbolique de la fondation de Rome.

Peut‑on visiter facilement l’Aventin lors d’un séjour à Rome ?

Oui. Depuis le Circus Maximus, l’ascension est courte mais pentue par endroits. Comptez environ une à deux heures pour voir Santa Sabina, le jardin des Orangers, la piazza dei Cavalieri di Malta et quelques rues du quartier, sans visite approfondie des églises. Des chaussures confortables sont préférables à cause des pavés et des déclivités.

Que signifie l’expression « se retirer sur l’Aventin » ?

Elle signifie refuser de participer à une discussion, à une institution ou à une activité collective afin de manifester son opposition. L’expression s’inspire de la mémoire des retraits de la plèbe romaine. Historiquement, le Mont Sacré est le lieu de la première sécession traditionnelle, mais l’Aventin est devenu le symbole le plus courant de cette posture politique.

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